Notre analyse sur la synthèse établie par la DREAL

Ce document est tout à fait révélateur de la façon dont la DREAL a traité le dossier de demande d’autorisation d’exploiter (DDAE) la carrière du GRAND GAR, élaboré par Yves Portal (exploitant) et son assistant (BR Conseils) à partir d’une analyse sommaire correspondant à RIMADE. De cette façon, Chadernolles est totalement oublié (§4.6, p.7), ce qui peut être acceptable pour RIMADE, mais est totalement incohérent pour le GRAND GAR qui se trouve à égale distance des deux villages. De même, le ruisseau de Grandrif qui traverse Chadernolles n’apparaît pas dans le dossier alors que le ruisseau de Baffie sur Tonvic est bien cité (p.12). Encore une fois, c’est acceptable pour RIMADE mais pas pour le GRAND GAR, puisque les deux ruisseaux en question seront impactés par cette carrière, qui est située sur un éperon granitique délimité de part et d’autre par ces deux ruisseaux. De plus, l’influence des eaux du massif granitique du GRAND GAR sur les deux ruisseaux n’a pas été analysée puisque les eaux souterraines ne sont pas prises en compte dans l’étude. Seules les eaux pluviales sont abordées (§7.2, p.20).

Un autre sujet mérite attention, il s’agit de l’Etude de danger (§4.7, p.8) dans laquelle l’inventaire des risques relève de copiés-collés d’une carrière « lambda » utilisant l’explosif : incendie, explosion, accident de tir, accident de circulation et mouvement de terrain. Bien entendu ces risques doivent être pris en compte, mais c’est insuffisant car encore faut-il ensuite cibler les particularités du site. Aucune approche géotechnique n’est proposée pour identifier les principales incertitudes spécifiques au GRAND GAR telles que :

  • l’abattabilité des granites (dureté, abrasivité, résistance, altération, discontinuités structurales) pour apprécier la pertinence des plans de tir, la stabilité des fronts de taille et la loi de propagation des vibrations.
  • l’aquifère du massif granitique, en termes de ressource en eau et les relations mutuelles avec les ruisseaux de Baffie au Sud et de Grandrif au Nord, afin d’estimer le gradient de rabattement et l’influence sur les deux ruisseaux et les captages AEP voisins.
  • les particularités pétrographiques des granites en termes de gisement : filons minéralisés riches en silice, en pyrite, en minerais uranifères et leur rapport au drainage acide et à la radioactivité en carrière (influence sur la production de granulats, sur les conditions de travail, sur les eaux souterraines…).
  • la capacité des voies routières locales à absorber et à supporter le trafic de poids lourds généré par cette nouvelle exploitation, au regard de l’accidentologie et de la dégradation des chaussées qui impacte le budget départemental de maintenance, et se répercute sur les usagers et riverains.
  • la dévalorisation du patrimoine bâti existant, l’impact paysager et les conséquences économiques sur l’activité touristique locale (Moulin de Pacros à Chadernolles) qui doivent être abordés et analysés en termes de risques.

Bien que l’étude relève de la responsabilité de l’exploitant, ces incertitudes auraient dû être identifiées par la DREAL et leurs traitements en termes de risques réclamés à l’exploitant. C’est le seul moyen d’impliquer celui-ci dans la prise de risques et de permettre une répartition des responsabilités.

La réponse aux interrogations du commissaire enquêteur concernant la présence d’uranium (p.13) est assez révélatrice du comportement de l’exploitant et de la DREAL au regard des risques entraînés par l’installation d’une ICPE (Installation Classée pour la Protection de l’Environnement). Cette réponse n’est bien sûr pas acceptable et montre bien que personne ne s’est donné la peine d’ouvrir la carte géologique au 1/50.000e, qui précise la présence d’un filon d’uranium sur le site.

La satisfaction de l’Autorité Environnementale (§6.1, p.15), qui se contente de la « bonne analyse de l’état initial », est pour le moins surprenante, pour ne pas dire plus au regard de la faiblesse de l’analyse proposée.

Par ailleurs, rapporter les circulations de poids lourds au trafic global tous véhicules confondus ne signifie rien (cf. 7.3.2, p.23), si ce n’est la volonté de minimiser le trafic entraîné par la carrière. Le trafic initial Poids Lourds sur la RD 38 est de 24 camions par jour, la carrière amène un trafic supplémentaire de 24 à 36 circulations par jour, ce qui représente une augmentation du trafic Poids Lourds extrêmement forte de 100% à 150%. En matière de dégradation de chaussée, sachant qu’un essieu de 13 tonnes a autant d’effet d’endommagement sur la chaussée que celui d’un million de véhicules légers, seule la circulation Poids Lourds est prise en compte. Avec son calcul proposant un impact de 4% du trafic sur la RD38, la DREAL Auvergne veut-elle nous amuser ou nous mystifier ? La question mérite d’être posée sachant que les spécialistes de la route (ex-DRE) ont été intégrés dans les DREAL lors de la réforme des services en régions (à partir de 2009, les DREAL ont regroupé les DIREN, les DRE et les DRIRE).

En matière de tir de mines, il est totalement inacceptable d’envisager d’exploiter le GRAND GAR par minage à l’explosif sans avoir la moindre idée de la loi de propagation des vibrations. Pour mémoire RIMADE était exploitée sans utilisation de l’explosif. De ce fait, sans connaissance du comportement du massif granitique, et compte tenu des grandes discontinuités locales, un essai de tir préalable est indispensable afin d’élaborer le plan de tir en connaissance de cause. Cela aurait également évité à la DREAL Auvergne de tenir des propos rassurants, mais mensongers, sur les charges unitaires de 50 à 60 kg, considérées comme « peu importantes », sans connaître la loi de comportement du massif (cf.7.3.6, p.24). Il est bien entendu rassurant d’instrumenter le premier tir d’exploitation. Ces mesures servent alors à contrôler les hypothèses prises pour l’élaboration du plan de tir. Mais cela ne dispense pas de réaliser un tir d’essai préalable, seule démarche rationnelle pour élaborer les plans de tir de production. La proposition de  la DREAL de profiter du premier tir d’exploitation pour connaître le comportement du massif va à l’encontre des bonnes pratiques actuelles du Génie Civil et du Génie Géologique. L’autorisation a donc été donnée sans aucune connaissance du comportement du massif granitique. On est dans l’obscurantisme le plus total.

Enfin un morceau de bravoure est proposé par Jean-Claude DAURAT (§6.4, p.18-19), ex-Conseiller départemental du Puy-de-Dôme. Chacun appréciera, mais c’est dans ces cas-là qu’il faut rappeler Coluche : « Mieux vaut se taire et passer pour un con que de l’ouvrir et ne laisser aucun doute sur le sujet ». Il faut noter par ailleurs que M. DAURAT, visiblement fervent supporter d’ Yves PORTAL, est maire de Dore l’Eglise où se trouve la carrière concurrente du Teillerol exploitée par un entrepreneur d’Ambert. Comprend qui pourra!